Juin 2024 - n°10

édito

Les mots des derniers soins

Pr Patrick Karcher,
directeur de l’EREGE

Il y a quelques années, Eric Hazan, adaptant à la période néo-libérale les travaux de Victor Klemperer sur l’usage du langage sous le IIIème Reich, décrivait les caractéristiques de ce qu’il nomma la Lingua Quintae Respubliquae (LQR) : le langage de la 5ème République. Il y notait la prolifération de formules performantes, dans une recherche d’efficacité plutôt que de vraisemblance, la LQR visant au consensus notamment par un usage important de l’euphémisme, adoucissement d'expression par lequel on déguise des idées désagréables, tristes, ou déshonnêtes, sous d'autres plus douces, plus indulgentes, plus décentes.

Dans le projet de loi sur la fin de vie récemment publié, il nous semble retrouver les traits récurrents de la LQR notamment dans l’euphémisation de l’euthanasie et du suicide assisté en aide à mourir et l’effacement des soins palliatifs au profit du concept flou d’accompagnement.

Ce souci pour les mots s’est manifesté dès le début de la démarche de réflexion sur la fin de vie avec la nomination en décembre 2022 d’Erik Orsenna, à la tête d’un groupe de 9 experts avec pour objectif de « mener à bien un travail lexical permettant de mieux informer, sensibiliser l’ensemble de nos concitoyens et d’accompagner leur appréhension des mots sur la fin de vie. ». Le groupe d’expert n'étant, après 18 mois, pas parvenu à une conclusion de leur travail sur les mots, le projet de loi s’en est chargé.

Le projet prévoit, comme le recommandait le CCNE, la possibilité d’une assistance au suicide avec euthanasie lorsque la personne n’est pas elle-même en mesure physiquement d’absorber le produit létal. Mais aucun de ces termes n’apparait dans le projet qui préfère parler d’aide à mourir. Lors du discours le 26 avril 2024 devant les membres de la convention citoyenne, le Président de la République affirme d’ailleurs que dans le projet de loi il « ne s’agit pas ni de suicide assisté, ni d’euthanasie ». A force d’euphémisation le projet devient incompréhensible !

Les premiers articles du projet de loi visent eux à faire disparaitre du code de santé publique le mot palliatif, rappelant probablement trop la fin de vie, remplacé par celui d’accompagnement, plus neutre, aussi bien utilisé dans le domaine de l’éducation, de la justice que du management. Ce faisant, les soins palliatifs se voient réduits à un rôle purement technique, comme le précise le rapport du Pr Chauvin, à l’origine de cette promotion du mot accompagnement : « les soins palliatifs, (…) soins médicaux qui visent à anticiper, prévenir et traiter les souffrances, notamment au stade de la fin de vie. »

Les soins d’accompagnement sont définis par le Pr Chauvin comme « l’ensemble des soins participant à la prise en charge globale de la personne malade et de son entourage, réalisés par une équipe pluridisciplinaire, afin de préserver sa qualité de vie et son bien-être » reprenant de fait la définition des soins palliatifs par l’OMS. Il s’agit donc clairement dans « un modèle français » d’éviter le mot palliatif, trop lié à une mort à venir. Dans nos sociétés, tout ce qui rappelle la mort est cause de réactions de gêne, de marginalisation, de dénégation. Mais changer de nom ne changera rien à cette réalité.  Au contraire, il est impératif de poursuivre les efforts au niveau sociétal afin d’aborder ces questions de manière plus sereine, et un débat sur la fin de vie en serait l’occasion. Sans cela, le mot accompagnement devra à son tour être remplacé dans quelques années, lorsqu’il sera à son tour « contaminé » par l’idée de fin de vie !

Définition

Explication d'un thème lié au questionnement éthique

Amandine Andruchiw, coordinatrice du site d'appui champardennais

La clause de conscience est ce qui permet certains professionnels par exemple un médecin, de refuser de pratiquer certains actes.

La clause de conscience est ce qui permet à des individus appartenant à certaines professions, comme par exemple un médecin, de refuser de pratiquer certains actes, hors situation d’urgence, pour des raisons personnelles (morales, religieuses, philosophiques) s’il juge que l’acte en question pourrait aller à l’encontre de ses convictions personnelles. Pour la professeure de droit Marie-Hélène Bernard-Douchez, la clause de conscience « […] autorise celui qui invoque un conflit de devoirs à faire prévaloir les exigences de sa conscience sur la règle de droit strict. Il s'agit bien d'un privilège exceptionnel […] ». Cependant, dans une telle situation, le médecin a le devoir d’assurer la continuité des soins, a fortiori lorsqu’il s’agit d’actes médicaux à pratiquer dans des délais contraints, comme par exemple dans le cas de l’IVG. Par conséquent, le médecin a le devoir d’informer le ou la patiente de son refus, mais également le devoir de l’orienter vers un confrère qui réalisera l’acte médical, afin que la poursuite des soins puisse être assurée de la meilleure manière possible, sans perte de chance pour le ou la patiente. Il convient de préciser que la clause de conscience est présente chez différents professionnels de santé (notamment sages-femmes, infirmiers), pas seulement chez les médecins, encore une fois à condition que la continuité des soins soit garantie pour le patient. Certains actes médicaux sont touchés par une double clause de conscience, c’est-à-dire une clause de conscience spécifique qui vient s’ajouter à la clause de conscience générale comme par exemple L’IVG, les recherches sur l’embryon humain et les cellules souches, les stérilisations à visée contraceptive.

Il est également important de souligner que les motifs du refus émanent d’une conviction profonde, qui peut être morale et/ou religieuse, que ce refus porte sur un acte médical à la fois légal, justifié, consenti, voire dans certains cas, demandé par le patient, et en aucune façon sur une personne (on ne refuse pas une personne).

Ainsi, si la clause de conscience représente l’émanation de la liberté de conscience puisqu’elle permet de ne pas agir contre ses convictions, contre sa conscience, elle n’en est pas moins parfois vivement critiquée et régulièrement remise en question. Pour Marie-Hélène Bernard-Douchez, si, en droit médical, la notion de clause de conscience est si difficile à appréhender c’est parce qu’elle permet une « coexistence entre le droit et la morale » qui n’est pas exempte de conflits. En effet, exercer sa liberté de conscience en invoquant cette clause peut venir mettre en forte tension la conscience morale d’un professionnel de santé et l’intérêt du patient(e). Et face à des droits qui suscitent des cas de conscience, et à mesure que s’élargissent des droits existants, ou bien que de nouveaux droits apparaissent, la clause de conscience est de plus en plus revendiquée par certains, ou de plus en plus critiquée par d’autres.

Du point de vue éthique, la clause de conscience vient mettre en tension des aspects importants puisque son invocation reste une décision individuelle d'un soignant, mais cela peut devenir un problème collectif d'accès aux soins dès lors qu'elle est généralisée dans un service de soins ou une région, à plus forte raison dans une situation de démographie médicale précaire. Alors, dans quelles conditions un refus de pratiquer un acte qui serait à la fois légal, médicalement justifié et consenti, serait-il éthiquement acceptable ?

Un ou une professionnelle de santé ne peut invoquer la clause de conscience s’il existe une urgence vitale. Par ailleurs, cette objection doit être fondée sur des convictions structurantes et capitales pour l’individu, elle doit porter sur un acte et non sur la possibilité même, pour le patient, de bénéficier de l’acte auprès d’un autre médecin. On ne peut pas en effet refuser l’accès à une intervention légale, consentie, médicalement justifiée. Le patient doit être informé clairement et rapidement par le médecin invoquant sa clause de conscience de son refus de pratiquer, à titre individuel, l’acte en question, et être réorienté vers un autre soignant susceptible d’y consentir. Il doit systématiquement exister une alternative possible, pour le patient, afin d’accéder au soin. En ce cas l’institution a certainement un rôle de responsabilité à jouer, et doit pouvoir garantir de telles alternatives, notamment dans un contexte de pénurie de soignants dans certaines disciplines, dans certains territoires. L’intérêt du patient ne doit pas être sacrifié au nom de la protection de la liberté de conscience des soignants au sein d’une équipe. Par ailleurs, il s’agit d’une abstention de pratiquer un acte médical, en aucun cas il ne s’agit d’un jugement moral représentant une intolérance à l’encontre d’une personne et qui viendrait donner droit à un comportement moralisateur envers le patient ou le confrère acceptant de pratiquer l’acte médical. Ainsi la clause de conscience doit porter une tolérance mutuelle intrinsèque, nécessaire à toute relation de soin.

Recherche

Coups d’œil sur la recherche en éthique

Pr Christophe de Champs, président du Conseil d'orientation champardennais de l'EREGE et Dr Yves Alembik, président du Conseil d'orientation alsacien de l'EREGE

Autour de la clause de conscience

Christophe Dechamp,
président du Conseil d’orientation champardennais

Entretien avec Olivier Debarge – Juriste et membre du Conseil d’orientation champardennais

La clause de conscience pour les médecins est apparue dans la loi de 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse. Le discours de Simone Veil à l’Assemblée Nationale le 26 novembre 1974 soulignait la situation conflictuelle ressentie par certains praticiens face aux interruptions volontaires de grossesse. Dans le respect de la conscience des professionnels de santé la loi a prévu une clause de conscience. Le Code de la santé publique, stipule trois clauses de conscience spécifiques : en matière d’interruption volontaire de grossesse (IVG), de stérilisation à visée contraceptive et de recherche sur l’embryon ou les cellules souches. Le terme « conscience » est repris pour évoquer d’autres situations, fin de vie, dénonciation de sévices, non révélation d’un diagnostic. Il renvoie à une conception personnelle de la morale, qu’elle repose sur une croyance religieuse ou un choix raisonné. Ainsi le droit, en particulier lorsqu’il rend acceptable ce qui ne l’était pas auparavant, peut créer un conflit avec les valeurs personnelles d’un soignant. La clause de conscience offre une solution pour le résoudre. En établissant une contradiction apparente au sein de son texte le législateur laisse une liberté individuelle au soignant de ne pas se mettre en contradiction avec ses convictions. Les aspects positifs et négatifs peuvent être discutés. La clause de conscience a été un élément facilitant l’adoption de la loi en 1975. Les conséquences négatives à l’échelle collective pour les femmes demandeuses, sont à mettre en balance avec les aspects positifs comme la préservation de la liberté de conscience des soignants, ou une meilleure prise en charge des femmes par un personnel consentant, comme on peut l’observer dans le cadre de celle des avocats, qui permet une défense plus motivée de l’accusé.

De la confusion des mots : directives anticipées et plan de soins anticipé, deux concepts complémentaires mais différents

M Patrick Karcher,
directeur de l’EREGE

La profusion de dénominations dans les soins peut malheureusement conduire à la confusion des dispositifs.

Expression anticipée de la volonté de la personne

L’expression de la volonté de la personne est l’un des fondements actuels de la relation de soin. Elle se concrétise par l’obligation du consentement pour tout acte médical qu’il soit diagnostic, thérapeutique ou préventif, mais également pour tout accompagnement par un service médico-social ou admission dans une structure spécialisée.
Lorsque l’expression directe de la personne n’est pas possible du fait d’une altération de la vigilance ou d’une dégradation des fonctions intellectuelles, la loi prévoit la possibilité de l’expression écrite par les directives anticipées ou à défaut du témoignage de cette volonté par la personne de confiance.

Néanmoins, ces dispositifs ont montré leurs limites. La personne de confiance dont la désignation se fait essentiellement au moment critique d’une entrée à l’hôpital, a du mal à assurer un rôle qu’elle ignore souvent ou qu’elle n’a pu préparer avec la personne qu’elle représente : témoigner dans un moment critique de ce qu’aurait décidé la personne représentée.
Les directives anticipées sont peu rédigées et lorsqu’elles le sont, apparaissent souvent peu informatives. Rien ne garantit, par ailleurs que comme doit l’être le consentement, elles soient libres et éclairées car aucun dispositif d’accompagnement n’est prévu pour leur rédaction. Mais surtout elles sont difficiles à rédiger car nécessitent de se projeter vers un moment que l’on redoute : la fin de vie, dans une société qui n’« apprivoise » plus la mort, exclue de la société. De plus, cette prospection implique de pouvoir prévoir les questions qui se poseront au moment critique ; ce qui devient particulièrement difficile chez les personnes polypathogiques devenues de plus en plus nombreuses grâce aux progrès de la médecine.

Plan de soins anticipé

Depuis quelques années s’est ainsi développée une méthode plus souple d’accompagnement et de renforcement du pouvoir de décision des usagers l’advance care planing que l’on traduit par plan anticipé de soins ou encore planification du projet thérapeutique.
L’Advance Care Planning (ACP) fait l’objet depuis 2017 d’une définition consensuelle internationale portée par l’Association Européenne des Soins Palliatifs : « Le plan anticipée des soins (PAS) permet aux personnes qui ont une capacité décisionnelle d’identifier leurs valeurs, de réfléchir à la signification et aux conséquences de scénarios de maladies graves, de définir des objectifs et des préférences pour les futurs traitements et soins médicaux, et d’en discuter avec la famille et les prestataires de soins de santé. La planification anticipée des soins répond aux préoccupations individuelles sur le plan physique, mais aussi dans les domaines psychologiques, sociaux et spirituels. Il encourage les individus à identifier un représentant et d'enregistrer et d'examiner régulièrement toutes les préférences, afin que leurs préférences puissent être pris en compte s'ils se révèlent, à un moment donné, incapables de prendre leurs propres décisions. » Le PAS apparaît ainsi comme un processus de communication dynamique permettant d’inclure le patient, ses proches, les professionnels de santé, processus et non moment comme les directives anticipées, afin d’être le plus en adéquation possible avec la réalité évolutive de la situation du patient. C’est un processus qui peut également amener un changement de comportement au cours duquel le patient développe une aptitude à parler de ses souhaits. La compréhension de sa maladie ainsi que les options de traitements sont clarifiées. Le PAS ne concerne pas seulement les soins médicaux mais aussi l’accompagnement social, psychologique et spirituel. Ce processus peut aider à la désignation d’un représentant thérapeutique (la personne de confiance en France) et au renforcement de son rôle par sa participation au PAS. Enfin il peut conduire à la rédaction de directives anticipées, garantissant sa rédaction libre et éclairée.

Plan de soins anticipé en psychiatrie de la profusion des dénominations

Le PSA a d’abord été utilisé dans les soins de fin de vie, et dans les institutions d’hébergement pour personnes âgées. Depuis quelques années on voit apparaître des démarches de planification anticipée des soins destinée aux patients souffrant de pathologies psychiatriques dans plusieurs pays anglo-saxons (Etats-Unis, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande) et européens (Suisse, Allemagne). Leur objectif est de permettre à des personnes souffrant de pathologies psychiatriques d’exprimer à l’avance leurs préférences en termes de soins (traitements médicamenteux, méthodes de désescalade de crise, électroconvulsivothérapie, isolement, contention, etc.), dans l’hypothèse où elles perdraient leur capacité à consentir lors d’une décompensation de leur trouble. Le document peut aussi comprendre d’autres informations : la personne de confiance, les signes avant-coureurs d’une crise afin de l’éviter, la conduite à tenir en cas de crise… destinées tant au patient qu’à ses proches.
A l’international, il existe de nombreuses dénominations pour cette planification anticipée telles que Psychiatric advance directive (Directive anticipée psychiatrique), Joint crisis plan (Plan de crise conjoint), Crisis Card (carte de crise), Ulysses directives (Directives Ulysse), Treatment plans (Plan de traitement), Wellness recovery action plan (Plan d'action pour la reprise du bien-être), ayant chacune leurs spécificités mais globalement, leurs buts sont similaires.
Dans les pays francophones, on retrouve le terme de Plan de Crise Conjoint promu par l’Association Elan en France et par le réseau de santé du canton de Vaud en Suisse, mais aussi Plan Personnel de Gestion de Crise en Suisse.
La HAS dans son manuel de certification évalue au critère 2.3-18 la rédaction d’un plan de prévention partagé mais centré sur les situations de violence : « La gestion des récidives d’épisodes de violence est anticipée et gérée avec le patient à l’aide d’un plan de prévention partagé » dont l’objectif est de « renforcer la place et le rôle du patient dans sa prise en charge (…) faciliter l’alliance thérapeutique ».
On trouve également le terme de Directives Anticipées en Psychiatrie (DAP) de plus en plus utilisé et promu notamment sur le site du Ministère de la Santé. Il nous semble que le terme de directives anticipées peut être problématique pour cet usage dans le contexte français. Car la loi fixe l’usage des directives anticipées aux situations « relative(s) à sa fin de vie en ce qui concerne les conditions de la poursuite, de la limitation, de l'arrêt ou du refus de traitement ou d'acte médicaux. » De plus depuis 2016 « Les directives anticipées s'imposent au médecin pour toute décision d'investigation, d'intervention ou de traitement, sauf en cas d'urgence vitale pendant le temps nécessaire à une évaluation complète de la situation et lorsque les directives anticipées apparaissent manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale. » L’utilisation du terme de directives anticipées pour des situations de crise psychiatriques risque de créer de la confusion, pourquoi ne pas préférer plan de soins anticipé en psychiatrie ou encore plan de crise conjoint qui, selon une revue de littérature « semble proposer l’approche la plus intéressante et la plus riche sur le plan clinique. »

Plan de soins anticipé et plan personnalisé de soins d’accompagnement en soins palliatifs

Une pareille confusion des mots se retrouve dans le récent rapport Chauvin « Vers un modèle français des soins d’accompagnement » publié en novembre 2023. Se fondant là aussi sur l’expérience des advance care planing anglo-saxons, le rapport se propose de mettre en place une démarche identique qu’il propose de nommer « plan personnalisé de soins d’accompagnement » oubliant que dans toutes les structures sociales et médico-sociales existe depuis 2002 l’obligation de rédiger avec l’usager un projet personnalisé d’accompagnement, qui traduit ses attentes et besoins pour sa vie au sein de la structure.
Il semble essentiel de promouvoir le concept de plan de soins anticipé, soins étant entendu dans son sens premier, celui aussi utilisé dans advance care planing, celui du souci, de l’inquiétude, de l’intérêt, de l’attention que l’on a pour quelqu’un. Et cela pour éviter des confusions nuisibles à la promotion des dispositifs d’anticipation des soins. Comme l’écrivait Albert Camus « Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde. »

événements

Un retour argumenté sur les manifestations réalisées ou soutenues par l’EREGE

Laure Pesch, coordinatrice du site d’appui alsacien

La démarche éthique au temps de l’évaluation en ESMS

Retour sur la journée d’étude en éthique organisée par le site alsacien de l’EREGE le 28 mars à Colmar.

Les établissements sociaux et médico-sociaux sont régulièrement évalués et ce notamment sur des critères portant sur la démarche éthique définis dans le manuel d’évaluation de la HAS. Afin d’accompagner les établissements dans leur réflexion et leur démarche éthique, le site alsacien a proposé cette journée d’étude. Elle s’est articulée autour de temps de réflexion sur les démarches qualité et éthique, d’un temps plus didactique qui, avec le Service régional d’appui Grand Est et la direction de la qualité de l'accompagnement social et médico-social (Diqasm) de la HAS, a permis de décrypter les critères d’évaluation et de favoriser à la fois leur appréhension et les différents enjeux soulevés. Elle a enfin pris un sens pratique au travers le partage d’expériences qui a mis en avant plusieurs démarches originales déployées dans des établissements du territoire.

La démarche éthique au temps de l'évaluation en ESMS_Introduction_EREGE Alsace _28mars2024
La démarche éthique de l'intention à l'action_EREGE Alsace_Laure PESCH_28mars2024
La démarche éthique n'est pas une démarche qualité_EREGE Alsace _Patrick KARCHER_28mars2024
Démarche éthique entre opportunités et conflits_EREGE Alsace _Mme CLAUSE VERDREAU_28mars2024
L'évaluation de l'éthique en ESMS Table ronde_HAS SRA_EREGE Alsace_28mars2024
La démarche éthique en ESMS_Témoignages_EREGE Alsace _28mars2024
Peut on penser une éthique de l'évaluation_EREGE Alsace_Patrick KARCHER_28mars2024

Qu’est-ce qu’un consensus en science ?

Comment se définit un consensus ? Qui l’établit ? Est-il gravé dans le marbre ? Comment le non-spécialiste, le citoyen, peut-il savoir qu’un fait s’appuie sur un consensus ou s’en écarte ?

Le débat organisé le 15 avril dernier, à la Bibliothèque Universitaire de Brabois - Université de Lorraine, site de Nancy, par la Tronche en Biais, une chaîne Youtube, dont le but est de promouvoir l’esprit critique dans les sciences - portait sur le consensus dans les sciences. Il a tenté de répondre aux questions : Comment se définit un consensus ? Qui l’établit ? Est-il gravé dans le marbre ? Comment le non-spécialiste, le citoyen, peut-il savoir qu’un fait s’appuie sur un consensus ou s’en écarte ? à travers les regards croisés de chercheurs de différentes disciplines.
Etaient invités le Professeur Gérard Audibert, médecin et directeur du site d’appui lorrain de l’EREGE et Madame Aurélie Pourrez, docteure en information-communication et chercheuse au centre de recherche sur les médiations de l’université de Lorraine. L’animation était assurée par Thomas Durand, docteur en Physiologie végétale co-fondateur de la Tronche en Biais et donc attaché au développement de l’esprit critique dans les sciences.

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Cycles de webinaires : Me soigner demain : qui ? où ? comment ? pourquoi ?

Organisé par l’EREGE ce cycle de webinaires a pour objet de réfléchir collectivement sur ce que soigner signifie dans les territoires à l’aulne des changements rapides de notre société.

Le premier webinaire qui s’est tenu le 9 avril 2024 s’est articulé à partir du thème « La vision du soin par les soignants ». La discussion organisée avec Mme Chevalier, médecin généraliste en ruralité, et Mme Vo-Dinh, infirmière cadre de santé, les membres de l’EREGE et les participants a permis de d’aborder de nombreuses questions parmi lesquelles : Comment exercer sa responsabilité dans des situations inédites pour lesquelles nous n’avons pas été formés ? Comment réagir, confrontés à des limites nouvelles que nous ne maîtrisons pas toujours ? Comment prendre soin face à l’hégémonie d’une approche comptable du soin ? Comment soigner quand il n’y a pas ou plus d’acteurs du soin sur un territoire ? Est-ce encore possible de prendre soin, aujourd’hui, et si oui, comment ? Comment créer, inventer des interstices où le soin est encore possible ?

Me soigner demain ? La vision du soin par les soignants
Cycle des webinaires

culture

Tour d’horizon d’œuvres qui nous permettent d’aborder des questionnements éthiques de manière singulière

Laure Pesch, coordinatrice du site d'appui alsacien

Lecture ESSAI

Ecologie et démocratie

Joëlle Zask Ed. Premier parallèle 2022, 231 page

Thème : Réflexion sur la nécessité d’articuler démocratie et écologie

La première phrase de l’ouvrage pose le cadre de la réflexion développée par Mme Joëlle ZASK, philosophe « La démocratie et l’écologie seraient-elles compatibles ? ».
Face au défi de l’urgence climatique, il est des mesures à prendre, des changements à impulser à la fois au niveau des individus, des institutions et du modèle social et économique souhaité dans les différentes régions du monde. Entre les tenants écologiques de décisions radicales, imposées, l’action politique timorée et les intérêts individuels ou communautaires le fossé semble se creuser au risque de tensions sociales, voire de violences.
L’autrice organise sa réflexion autour d’une hypothèse qui est que « non seulement il n’y a pas de contradiction entre écologie et démocratie […] mais [que] le tournant écologique qu’il est urgent d’opérer dépend des méthodes démocratiques ».
Joëlle Zask s’inscrit en faux par rapport aux tenants de décisions radicales qui affirment pour certains, que les mesures nécessaires seront contraires aux libertés individuelles, pour d’autres que les mesures coercitives sont l’unique solution…. Elle dénonce les idées « d’écofacisme », « de dictature verte » « d’autoritarisme écologique » et affirme « soit l’écologie est démocratique soit ce n’est pas de l’écologie ».
C’est au cœur des outils et du fonctionnement de la démocratie qu’il s’agit de promouvoir l’action et la décision pour une politisation de l’écologie. Car la démocratie comme mode de vie est une méthode, qui repose non sur des citoyens passifs, délégant, mais sur des individus actifs, agissant, libres et responsables donc autonomes. Des citoyens en capacité d’autogouvernement. En activant (ré-activant) ce qu’est la démocratie en tant que capacité donnée à chacun d’agir dans la cité, d’organiser des expériences, de prendre des décisions autour d’une idée partagée, d’une préoccupation commune, capable de proposer d’autres modèles d’organisation, alors l’écologie pourra prendre corps.
C’est la capacité d’expérience reconnue dans le respect de la méthode démocratique et le fonctionnement des institutions démocratiques qui peut ouvrir la voie à un citoyen écologique.

Recension : Laure Pesch

Pleine et douce
Lecture Essai

Transfuges de sexe - Passer les frontières du genre

Emmanuel Beaubatie - Ed. La découverte – Coll. Sciences humaines 2021, 192 pages

L’ouvrage d’Emmanuel Beaubatie, publié récemment en format poche, renouvelle la réflexion sur les transidentités, l’abordant sous un double angle, celui, classique, du genre mais aussi celui, plus neuf, de la mobilité sociale. En s’intéressant à des parcours, renseignés par une importante enquête quantitative (381 questionnaires) et qualitative (une trentaine d’entretiens), l’auteur montre que les transitions de genre s’accompagnent d’une expérience de transfuge de classe : « les FtMs vivent une promotion et les MtFs sont déclassés » (p. 23).
Le chapitre 1 rappelle l’évolution du discours scientifique et médicale sur la transidentité ainsi que les prémisses des traitements de transition, notamment grâce à un questionnement des normes sexuelles et de genre. L’auteur rappelle que la médecine fabrique plus volontiers des corps MtFs que FtMs « comme si les hommes ne pouvaient être des hommes que par nature » (p. 56)
Le chapitre 2 insiste sur l’importance du capital économique et social dans la réussite de la transition. La durée de la transition, période de fragilité, est un bon indicateur de ces inégalités : de 2,2 ans dans le privé à 3,4 ans dans le public et jusqu’à 4,5 pour des parcours mixtes. Il rappelle aussi les difficultés administratives, elle aussi genrée, (plus difficiles pour les femmes trans) mais aussi racisée. Ainsi « les discriminations sur la base de l’identité de genre sont aussi souvent des discriminations directes ou indirectes sur d’autres bases » (p. 95)
Le chapitre 3 développe l’intrication de la mobilité de genre et de la mobilité sociale : « les transitions MtFs et FtMs (ne se font pas) au même prix (…) ni au même âge, ni au même rythme » (p. 98). L’âge médian du début des transition est de 25,4 ans pour les FtMs, 37,4 pour les MtFs. Pour ces derniers la féminité étant synonyme de déclassement, la transition se fait plus tardivement souvent après un premier échec, lié à des réactions violentes de l’entourage. Au cours de leur changement de sexe, les MtFs font l’expérience du sexisme « elles découvrent la discrimination qu’elles ont-elles-mêmes exercée » (p. 124). Pour les FtMs, leurs nouveaux privilèges de genre s’accompagnent souvent d’une certaine culpabilité et l’incarnation de figures de masculinité non hégémoniques.
Le chapitre 4 traite de la question de la sexualité elle aussi très différente dans les deux formes de transition. Les MtFs dont la transition est plus tardive ont fréquemment une première période d’hétérosexualité, souvent accompagnée de pratique de travestissement. Les futurs FtMs sont la plupart lesbiennes et ne semblent pas entrer dans une conjugalité hétéro-sexuelle et se disent gay après la transition. Mais globalement les orientations sexuelles restent diverses et complexes.
Le chapitre 5 s’intéresse à l’évolution de la catégorisation de genre allant de la dichotomie de genre homme/femme à un espace multidimensionnel du genre. On retrouve cette diversité chez les trans’ que l’auteur classe en conformes, stratèges et non-binaires selon leur identification à leur nouveau genre (changement d’identité administrative, recours à la chirurgie, militance trans…). Mais ces catégories recouvrent également des différences d’origine sociale et culturelle et de stratégie d’intégration sociale. Les trans, comme l’ensemble du monde social, habitent le genre d’une pluralité de façons.
Cette étude des trans’ permet plus largement d’explorer la fluidité et la multiplicité d’expérience de genre dans la société actuelle mais aussi, au-delà de cette mobilité le poids persistant de la domination masculine.

Recension : Patrick Karcher

Pleine et douce

Agenda

Des annonces sur les formations et évènements scientifiques ou culturels à venir

Laure Pesch, coordinatrice du site d'appui alsacien

Forum

Santé environnement : Ethique de la contrainte

Le site alsacien organise vendredi 6 septembre 2024 de 13h30 à 19h00 à Strasbourg un forum santé environnement pour aborder la question de la contrainte en contexte d’urgence climatique.
David Cazier conférencier Shift-Project présentera un bilan et les perspectives en termes de pollution atmosphérique et de réchauffement climatique.
Mme Zask, philosophe, tiendra ensuite une conférence sur le thème : Ecologie, démocratie et contrainte.
Un débat avec le public suivra qui permettra d’une part de discuter de la possibilité de la contrainte comme outil de modification des modes de vie et d’autre part de mettre en avant des actions locales politiques et des initiatives citoyennes qui visent à promouvoir des changements d’habitude.

Plus d'infos

Journée nationale des aidants

La 15ème édition de la journée nationale des aidants aura lieu le 6 octobre 2024. Des évènements, des rencontres seront organisées partout en France.
Pour savoir ce qui sera organisé près de chez vous : Journée nationale des aidants.

Lundi 7 octobre un webinaire organisé en partenariat avec l'EREGE sera proposé en soirée.

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Rencontres Formation

Les 33èmes journées EUROCOS Humanisme et santé se tiendront les 4 et 5 octobre 2024 à Strasbourg sur le thème Art et Santé, regards croisés !

EUROCOS Humanisme

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Congrès

Le congrès annuel SOSS (Association francaise pour la santé bucco dentaire des personnes en situation de handicap) se tiendra cette année à Reims les 3 et 4 octobre prochain sur le thème "Parcours de santé orale adaptée : de la formation à la pratique"

Télécharger le préprogramme
En savoir plus sur l'association

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